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Des civilisations s’effondrent face aux désastres écologiques

Rubrique littéraire : Danielle Verplancken a lu...

septembre 2009 - envoyer l'article par mail - - fontsizeup fontsizedown

Jared DIAMOND, dans son livre Effondrement, a analysé la manière dont de nombreuses civilisations ont succombé aux désastres écologiques qu’elles avaient provoqués.

Les Sumériens ont développé les premières villes, le premier langage écrit. Mais cette civilisation avait une faille : le système d’irrigation a fait monter, par percolation, le niveau des nappes phréatiques. Quand ce niveau est arrivé à quelques centimètres de la surface, l’eau a commencé à s’évaporer, produisant un enrichissement du sol en sel. Au fil du temps, cette accumulation a affecté la productivité de la terre. Aujourd’hui Sumer est un lieu où la végétation est rare, voire totalement absente. La plus ancienne civilisation du monde est devenue un lieu vide.
La civilisation Maya a connu le même destin. Entre son épanouissement en 250 et son déclin en 900, elle met en œuvre une agriculture sophistiquée et très productive. Mais la déforestation et l’érosion des sols ont déclenché une pénurie alimentaire qui a entraîné à son tour des guerres civiles entre les différentes cités, jusqu’à les rayer de la carte du monde.
L’île de Pâques, les Vikings au Groenland : autant d’autres exemples de civilisations détruites par leur incapacité à faire face au risque écologique.

Ces désastres sont le résultat, selon DIAMOND, de quatre types d’erreurs :
- L’incapacité à prévenir les problèmes créés,
- A les identifier correctement quand ils se produisent,
- A manifester la volonté de les résoudre une fois qu’ils ont été identifiés,
- Et à y parvenir une fois que la volonté de le faire s’est manifestée. Nous sommes déjà entrés dans la phase trois. Les problèmes n’ont pas étés anticipés, mais ils sont aujourd’hui identifiés. Il reste à manifester la volonté collective d’y faire face, et à espérer que cette volonté débouche sur les moyens de les résoudre, deux conditions qui sont chacune délicates. Il faudra un immense effort coordonné de recherches scientifiques et de décisions politiques pour s’entendre sur de nouvelles normes internationales.

Il existe un contre-exemple au pessimisme. Il y a six cents ans, l’Islande a réalisé que la surexploitation des herbages d’altitude conduisait à une perte de terre végétale, dans une région où son épaisseur était faible au départ. Les fermiers se sont alors entendus pour déterminer la taille des troupeaux de moutons, définir des quotas destinés à préserver le potentiel de ces terres. Le pays a survécu au risque écologique.
Ce qui rend toutefois tragique cette référence à l’Islande est que celle-ci n’a pas survécu au risque financier, celui des subprimes, dans une crise qui offre une inquiétante démonstration de notre incapacité à anticiper les risques systémiques.

La production de richesses exige des matières premières, du travail et du capital. Le capital aujourd’hui est devenu un bien « immatériel » : c’est la R&D, la publicité, la mode, la finance. Ce sont eux qui gouvernent aujourd’hui le monde de la production. La R&D est aujourd’hui encore à 95% le fait des pays riches. Tout est fait pour soigner les maladies qui les affectent, mais les maladies comme la malaria, ne trouvent pas de solution, faute de clients solvables. Les rendements privés ne coïncident pas nécessairement avec les rendements sociaux. La crise des subprimes a montré l’incapacité où se trouve le capitalisme financier, forme suprême des flux immatériels, d’apprécier les risques qu’il fait courir à la planète. Les quatre phases repérées par Jared DIAMOND se sont enchaînées : incapacité de prévoir la crise, de l’identifier quand les premiers signes sont apparus, de s’entendre sur ce qu’il faut faire ensuite, et de réussir enfin les actions qu’on a décidé d’entreprendre pour la résorber.

Les règles du cybermonde évoquent celles de l’économie antique. Le travail est dévalorisé, le souci de la gloire, de la notoriété, devient premier. La même « indifférence cognitive » à l’égard du monde du travail s’installe. Au moment où elle est tentée de s’évader dans le cybermonde, l’humanité doit accomplir un effort cognitif aussi immense que celui qui fut réalisé lors de la révolution néolithique ou de la révolution industrielle, pour apprendre à vivre dans les limites d’une planète solitaire.. Pour la première fois de son histoire, elle ne peut plut se permettre de corriger, après coup, ses erreurs.

A partir de La prospérité du vice Daniel COHEN