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L’appat du gain : quand la nature est confrontée à l’or noir

Peut-on garder confiance envers les entreprises et les dirigeants politiques ?

samedi 16 octobre 2010 - envoyer l'article par mail - - fontsizeup fontsizedown

En dépit des discours, le secret est partout, qu’il soit industriel, commercial ou tout simplement d’Etat. Le secret, c’est la sous - information. Il a pour conséquence l’insuffisance de la préparation aux risques. Il précarise, rend dépendant.

Anita Villers

- La question de la confiance à propos de l’accident de la plate-forme pétrolière en Louisiane

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Source : REUTERS/U.S. Coast Guard / www.lexpress.fr
Incendie sur une plate-forme pétrolière au large de la Louisiane, le 21 avril 2010

Chronologie :

20 avril 2010, la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon explose au large de la Louisianne, s’ensuit un incendie dévastateur qui a raison de la station qui coule le 22 avril dans le Pacifique. Bilan : 11 morts. La catastrophe déjà dramatique ne s’arrête pas là. Le bloc obturateur du puits défectueux ne se referme pas correctement.
800 000 litres de pétrole s’échappent dans la mer chaque jour : une succession de solutions Des bateaux sillonnent la zone pour mettre en place des barrages flottants qui récupèrent le pétrole lourd à la surface de l’eau.
Un « couvercle » est posé le 6 mai, mais 2 jours après il est enlevé, inefficace à ces profondeurs Il est alors décidé en attendant les solutions suivantes de mettre le feu au pétrole !! C’est donc à présent l’atmosphère qui est polluée en plus de la mer. Un tuyau est introduit dans le puits pour pomper une partie du pétrole déversé dans l’océan.
On tente ensuite de boucher le puits en y déversant du ciment, des débris (de quelle nature ?) cela est appelé Top Kill et junk-shot).
Des incertitudes : ce seraient près de 1,3 à 3 millions de litres qui se déverseraient par jour ! Un entonnoir est posé sur le conduit pour récupérer une partie dans des bateaux.
Le 15 juin, un second dispositif de captage est mis en place, consistant à brûler 10000 barils par jour. Combien de millions de litres se déversent encore dans la mer ?
12 juillet, un nouvel entonnoir est mis en place... Nouvel accident : le 27 juillet, un bateau percute un puits de pétrole, provoquant une fuite de brut dans un puits situé à 104 Km au sud de la Nouvelle Orléans. Aucun lien mais combien de millions de litres en plus ? Enfin, la dernière opération de rebouchage débute. (Static Kill). Officiellement, mi-août, le puits est définitivement scellé

Bilan :

Une catastrophe écologique majeure :
780 millions de litres de pétrole brut se sont déversés, 127 millions ont été récupérés, 630 millions se sont répandus dans la nature.
7 millions de litres de produits dispersants ont été déversés dans la mer, provoquant une soupe toxique sous-marine invisible depuis la surface mais hautement polluante pour l’écosystème.

Questions :

Concernant la catastrophe proprement dite :
Qu’en est-il aujourd’hui : la fuite est-elle réellement bouchée ? Des fuites ne se produisent-elle pas ailleurs en d’autres points du gisement pétrolier ? Quels contrôles ? Quelles informations aurons-nous de la part des responsables, des experts ? Les médias sont déjà passées à d’autres sujets...
Est-on en mesure de quantifier les quantités réelles qui se sont échappées de la fuite et surtout quelle est la nature des produits utilisés pour « effacer les traces », mesures peut-être pires que la fuite elle-même.
Quelles réactions chimiques vont engendrer ces mélanges ? Combien de temps mettront-ils pour se disperser ? Se dégradent-ils naturellement ou resteront-ils des siècles dans les eaux sous forme de microparticules bien plus dangereuses (parce qu’ingérables de façon indirecte) ? Toute la chaîne alimentaire est touchée, ces produits vont se concentrer dans les organismes de tous les animaux jusqu’à atteindre des doses fortement toxiques au sommet de la chaîne, cela s’appelle la bio-accumulation. Au sommet, l’homme.
Les écosystèmes côtiers fragiles et uniques touchés par la marée noire vont disparaître, les marais vont absorber le pétrole comme une éponge, autre chaîne alimentaire touchée : les animaux et plantes peuplant ces marais. L’économie de la Louisiane risque de s’effondrer si les nombreux pêcheurs, ostréiculteurs ne peuvent plus exercer leurs activités...

Plus globalement, face à un constat aussi dramatique :
Qu’en est-il de la sécurité de l’ensemble des plateformes ? Jusqu’où est-on capable d’aller pour extraire l’or noir ? Même si des gisements profonds existent encore, faut-il prendre autant de risques pour s’emparer d’une denrée devenue quasiment inaccessible ? N’est-il pas temps de favoriser les alternatives au pétrole lorsqu’il n’est pas indispensable et le garder précieusement pour des usages spécifiques ?
Que signifient réparations, responsabilités ? Face à des options technologiques non maîtrisées, face à des enjeux financiers colossaux, quelle influence a le citoyen ? Quel choix à t’il ?
Si « économiquement » peut-être, il est utile d’identifier les responsables, écologiquement non. On ne peut défaire ce qui a été fait. Réparer oui mais est-ce réellement réparable ?

Ce qui est plus grave, c’est plutôt le manque d’anticipation des risques ! Quand on joue avec le feu, il faut avoir l’extincteur à portée. Cela est valable dans tous les domaines : nucléaire, OGM, nanotechnologies...
Des études de risques devraient être réalisées plus sérieusement, avec contrôles et avis citoyens avant de prendre des décisions aux conséquences irréversibles ! Pour pallier toutes les éventualités, il faut se donner les moyens de le faire, ne serait-ce que des contrôles plus réguliers, des remises à neuf du matériel... Il faut aussi savoir stopper la production quand les risques menacent des vies et des écosystèmes irremplaçables, quand le matériel ne permet plus une sécurité optimale.

La société exploitante est condamnée à payer 17,6 milliards de dollars pour le pétrole non récupéré si elle est reconnue coupable de négligence (encore faudrait-il qu’elle le soit). Ceci est dérisoire face au désastre écologique, irréversible pour des écosystèmes élaborés depuis des centaines d’années et qui sont le socle même des chaînes alimentaires... tout cela pour des négligences flagrantes pour minimiser les coûts d’exploitation ! Une seule plateforme concernée ! Les menaces potentielles sont à peine envisageables et les techniciens s’apprêtaient à forer encore plus profondément !!
N’est-il pas temps de dire STOP !! Cette catastrophe devrait servir de coup d’arrêt à des pratiques irresponsables à bannir.


- Des attitudes encourageantes :

>> EQUATEUR

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Source : www.sosyasuni.org

Une attitude pour le moins inattendue et encourageante à propos du pétrole justement : la palme d’or (noir) pour Rafael Correa

Le président de l’Equateur, Rafael Correa, s’est dit prêt à renoncer à exploiter un gisement de pétrole découvert dans l’une des dernières parcelles sauvages du parc national du Yasuni, situé dans la forêt amazonienne.
Ce gisement pourrait donner 850 millions de barils par an soit 20 % des réserves en hydrocarbures du pays. Cependant ce territoire a aussi été classé par l’Unesco comme la plus grande réserve mondiale de biosphère au monde avec « 2274 espèces d’arbres, 567 d’oiseaux, 80 de chauves-souris, 10 de primates, 105 d’amphibiens et plus de 100000 espèces d’insectes à l’hectare ! ». Deux peuples indigènes (les Tagaeri et les Taromenane) et plusieurs milliers d’Indiens huaorani vivent également sur ces terres. L’exploitation de ce gisement conduirait de surcroît à l’émission de 410 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère.
En contrepartie de cette non exploitation, les pays riches devraient verser 6 milliards d’euros à l’Equateur, soit une somme équivalent à la moitié de ce que l’exploitation pétrolière aurait rapporté au pays. La Suisse, la France, la Turquie et l’Iran se sont également montrés intéressés.
Source : Le Temps, 17 mai 2010 Alice Garnier

>> MAROC

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© IRD / Vincent Simonneaux
Troupeau de mouton près de la mer au sud d’Essaouira, Maroc

Autre exemple pour préserver la biodiversité : le Maroc, mosaïque d’écosystèmes

Au Maroc, pays jusqu’à présent détenteur de la plus généreuse biodiversité en Méditerranée occidentale, le recul statistique des présences d’espèces végétales et animales est inquiétant.
Cependant, le Maroc se distingue par un bon maintien de la flore et de la petite faune, et même, selon les ornithologues, celui des oiseaux dans leur grande majorité, et ce, contrairement à ce qui se passe sur l’autre rive de la Méditerranée, en Espagne et dans toute l’Europe. C’est une exception à évoquer.

Pourquoi ?
Tout simplement par la parcimonie du recours aux biocides, l’extrême localisation de l’agriculture intensive et le maintien des cultures vivrières, plus respectueuses du milieu. Si l’on exclut quelques régions très circonscrites, devenues hélas de véritables déserts agraires, comme celle d’Agadir et de son agrumiculture contestable, les produits bios avant la lettre sont partout la norme, notamment en montagne et dans les oasis.
Une diminution du nomadisme, des troupeaux en trop grand nombre, le surpâturage risquent d’être à terme un fléau mais, pour le moment, les conséquences de ces changements sont nettement moins graves qu’un empoisonnement systématique et irréversible des sols, comme en sont responsables les biocides à haute dose dont on abuse depuis des décades en Europe et partout où domine le productivisme agricole et forestier.
Il reste des zones épargnées où chèvres et moutons n’accèdent pas. Cela peut sembler étonnant mais une terre aride qui n’a jamais été traitée reste plus féconde qu’un humus gorgé d’intrants chimiques qui induisent pour longtemps une mort biologique des sols pour fort longtemps.
Si moins de 10 % des cols de montagnes sont accessibles par route, le réseau des pistes et des chemins muletiers représente un maillage incroyable pour accéder à des écosystèmes d’une naturalité encore palpable. Et les forêts profondes, les ravins cachés et certains secteurs sahariens propices gardent bien leurs secrets.
Au Maroc, on trouve encore de magnifiques et rares espèces de papillons et de coléoptères autochtones, éminents indicateurs de la valeur des habitats et de la qualité des sols. Epauler ce pays dans ses valeureux efforts pour la pérennisation d’une biodiversité rare et précieuse alors qu’elle est devenue chancelante dans la plupart des Pays européens s’avère éminemment essentiel. Cela passe par un développement maîtrisé de l’élevage et le maintien de zones quasi inaccessibles.


- Où se situer, entre pessimisme noir... et optimisme mesuré ?

"Nous allons disparaître. Quoique nous fassions maintenant, il est trop tard"

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Source : www.science.org.au/scientists/interviews/f/ff.html
Frank Fenner

Cette affirmation de Frank Fenner, professeur émérite de microbiologie à l’Université nationale australienne, 95 ans aujourd’hui, auteur de nombreux ouvrages, a de quoi inquiéter, d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’une vision sur des millions d’années mais d’une prédiction pour le siècle en cours !

Du niveau moléculaire aux planètes, Frank Fenner s’intéresse à tous les écosystèmes. Il a commencé à publier ses premières études environnementales au début des années 70 lorsque l’impact des sociétés humaines sur notre planète devenait problématique.

Pour Frank Fenner et d’autres scientifiques reconnus comme Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, la Terre est entrée dans une nouvelle époque géologique, l’Anthropocène, depuis 1800 avec la révolution industrielle et l’exploitation massive des combustibles fossiles. Cette nouvelle époque géologique succèderait à l’Holocène débuté il y a dix mille ans.
Bien que non officielle sur l’échelle des temps géologiques, l’Anthropocène a été admis dans la terminologie scientifique et correspond au moment où les Hommes ont pu rivaliser avec les forces de la nature dans la capacité à modifier l’écosystème de la Terre.
En effet, nos activités réchauffent le climat planétaire d’une ampleur aussi importante que les grands cycles naturels et nous entamons la sixième extinction massive de la biodiversité, avec une vitesse sans doute plus rapide encore que celle qui a conduit, il y a 65 millions d’années, à l’extinction des dinosaures suite à la chute d’un astéroïde.
L’explosion démographique et ses corollaires : la boulimie énergétique, productiviste et consumériste mènent l’humanité à sa perte. Ce constat, tabou, est pourtant de plus en plus partagé par certains scientifiques et de plus en plus évoqué, mais étouffé par les sceptiques sur le changement climatique et une partie des personnes croyantes pour qui la reproduction est une recommandation divine !

Un peu d’optimisme avant le naufrage de l’Humanité ?

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Source : www.science.org.au/scientists/interviews/b/sb.html
Stephen Boyden

Stephen Boyden, collègue et ami de Fenner, pense qu’il y a un profond pessimisme chez certains écologistes, mais que d’autres sont plus optimistes : "Frank a peut-être raison, mais certains d’entre nous nourrissent encore l’espoir que la situation entraînera une prise de conscience et, par conséquent, les changements révolutionnaires nécessaires pour atteindre la durabilité écologique".
Stephen Boyden ajoute : "C’est là que Frank et moi sommes différents. Nous sommes tous deux conscients de la gravité de la situation, mais je n’accepte pas qu’il soit forcément trop tard. Bien qu’il n’y ait qu’une lueur d’espoir, cela vaut la peine de résoudre le problème. Nous avons la connaissance scientifique pour le faire, mais nous n’avons pas la volonté politique."
Source : Notre Planète info. 24 Juin 2010