EDA est intervenue dans l’un des très nombreux ateliers, invitée pour évoquer les conséquences humaines et environnementales de l’extraction de minerai d’uranium pour produire les combustibles des réacteurs nucléaires.
Dans les années 1970, le gouvernement français a décidé de produire de l’électricité grâce à l’énergie nucléaire, disposant sur son territoire d’importants gisements de minerai d’uranium permettant la fabrication locale de combustible pour les 58 réacteurs construits en quelques années. Assez rapidement il a fallu cependant avoir recours à des approvisionnements extérieurs, notamment au Niger où de très importants gisements avaient été repérés.
Trois thèmes ont été abordés lors de cette intervention.
1 / Après-mines uranium en France
Extraits des Gazettes rédigées par les membres du GSIEN – Groupement de Scientifiques pour l’Information sur l’Énergie Nucléaire – créé en 1975 – www.gazettenucleaire.org
Les besoins en uranium du programme nucléaire français ont été couverts à plus de 40% par la production métropolitaine. De près de 5.000 tonnes en 1980, la part de la production française a baissé jusqu’à devenir insuffisante et stoppée, ce qui a nécessité de prévoir des importations pour couvrir des besoins de plus en plus importants venant essentiellement du Niger pendant de longues années.
Quelques exemples parmi les très nombreux articles rédigés à propos des suivis des délaissés miniers plusieurs années durant : 1983 (n°55–56) – De 1958 à 1980, l’usine de traitement installée à proximité du gisement de minerai d’uranium du Limouzat, dans le massif des Bois Noirs, au nord des monts du Forez, a traité 2,4 millions de tonnes de minerai sec, produisant 7.500 tonnes d’uranium. L’usine de traitement de minerai associée a été démantelée.
Plus de deux millions de tonnes de résidus (masse du produit sec) ont été produits dont 1,3 millions, contenant entre autres du radium 226, et sont stockés pour un peu plus de la moitié dans un bassin créé en amont d’un barrage élevé en travers de la vallée de la Besbre, rivière torrentueuse passant au pied de l’usine. La COGEMA, qui est la société minière ayant exploité le gisement d’uranium des Bois Noirs, est restée propriétaire du site de stockage des résidus et en est donc responsable vis-àvis de l’administration départementale.
1991 (n°111-112) – Sont évoquées les obligations liées à la fin d’une concession minière : réglementations, recommandations et nombreux arrêtés préfectoraux et même sur pression d’experts et de membres du GSIEN, la création d’un Groupement d’Experts Pluralistes pour améliorer les suivis de sites.
Mais malgré tout, beaucoup reste à faire car les exemples sont légion dans les divers numéros consultés.
2005 – (n°221-222) – Titre « les mines, un problème qui dure depuis 30 ans ». 2007(n°240) Les riverains s’inquiètent des radiations émanant encore de nombreux remblais utilisés pour des chemins ou revêtements de divers lieux fréquentés à des fins de loisirs.
2009 (n°251) – Des matières très radioactives non-scellées ont été retrouvées, abandonnées proche d’un chemin et d’habitations en Limousin et ce, à proximité d’une ancienne mine d’uranium COGEMA devenu AREVA : un phénomène hélas pas isolé. D’autres dépôts « sauvages » sont identifiés par hasard en maints endroits à l’occasion de travaux d’aménagements du territoire, signe de négligences graves quant au suivi des anciens sites miniers.
2013 (n°269) – La mémoire d’activités industrielles polluantes se perd vite : Pechiney – monazite en provenance de Madagascar traitée en France pour extraire du thorium. Le site d’une ancienne usine fermée depuis 30 ans contenait encore une zone très contaminée – des fûts radioactifs provenant d’une autre usine ont aussi été dispersés en France – seule l’industrie nucléaire est en capacité de traiter ces déchets. L‘oubli est de mise en France car « il n’y aura jamais assez d’argent pour s’occuper des déchets radioactifs… les résidus de concentration de l’uranium près des mines resteront ingérables ».
2013 (n°270) – Malvési : boues radioactives issues du traitement du Yellow cake en provenance du Niger pour être transformé en combustible : 400 000 m3 de boues nitratées radioactives mises en bassins de lagunage sur une surface de 30 ha pour décantation des rejets solides et évaporation des effluents liquides. Autres sites (Bois
Noirs : Saint-Priest-la-Prugne (Loire). A la fermeture du site en 1980, 1,3 million de tonnes de résidus radioactifs issus de l’extraction de l’uranium ontété laissés en place dans un lac artificiel (Grand bassin) retenu par une digue de 42 mètres de haut et 500 mètres de long barrant la vallée de la Besbre. AREVA refusait de prendre en compte les recommandations de l’ASN pour assainir certaines zones au prétexte d’un conflit de mesures – les travaux ont-ils été effectués ?
2 / Mines d’uranium région d’Arlit au Niger plus de 40 ans d’exploitation par la France
Situées dans le nord du Niger, dans la région d’Agadez, deux grandes mines d’uranium ont été exploitées à Akodan et Arlit depuis les années 1970, principalement par des entreprises françaises : Somaïr (à ciel ouvert) et Cominak (mine souterraine, fermée en 2021 après épuisement des ressources). Imouraren, laissé « en attente » possède des réserves importantes et reste actuellement largement exploitable.
Avant que le gouvernement nigérien ne négocie l’extraction de l’uranium, la région d’Arlit était un territoire où transitaient librement les peuples nomades. L’arrivée de l’entreprise Areva a obligé les Touaregs à quitter leurs zones d’élevage nomade pour laisser place aux sites d’extraction qui rapidement ont complètement bouleversé les paysages naturels.
A Arlit, l’uranium a nourri des espoirs dès que le groupe français Areva (renommé Orano en 2018) a commencé à en exploiter les gisements. Ex-nomades et travailleurs venaient nombreux dans cette région aride remplir la cité ouvrière que l’on appelait alors « le second Paris ». Aucun ne se doutait du danger invisible de la radioactivité ni du désastre écologique qui s’ensuivrait.
Quarante ans plus tard, le Niger est devenu le deuxième fournisseur d’uranium d’Areva et l’exploitation des mines de la Cominak et de la Somaïr a eu des conséquences négatives sur la santé des populations et, concernant les milieux naturels, causé des dégâts irréversibles pour de longues années qu’il s’agisse des sols et surtout de l’eau.
Consommations d’eau utilisées par la France pour l’extraction du minerai d’uranium
L’exploitation minière à Arlit s’est appuyée quasi exclusivement sur une nappe fossile qui a été vidée à un rythme non renouvelable à échelle humaine, entraînant une pression importante sur l’accès à l’eau potable pour la population locale. Le contraste entre la consommation très élevée des cités minières accueillant les cadres et salariés AREVA et la pénurie ressentie parmi les populations locales a été régulièrement dénoncé par les ONG et associations civiles. Les études hydrogéologiques ont relevé un abaissement du niveau d’eau supérieur à 50 m dans les zones les plus affectées par les activités minières autour d’Arlit entre 2002 et 2019. Une estimation affirmait en 2004 qu’environ 70 % de la réserve fossile du Tarat avait déjà été épuisée.
Sur plus de 40 ans d’exploitation, Areva (devenu Orano) a extrait gratuitement environ 270 milliards de litres d’eau ce qui équivaut à 270millions de m³ utilisés pour les activités minières (traitement, lixiviation, exhaure) et la consommation humaine et celles des divers bâtiments de services logistiques et administratifs. Les salariés d’Areva et leurs familles résident dans des cités minières (environ 10.000 personnes) et les plus démunis (près de 130.000) vivent dans la ville : quand Areva utilise environ 27000m³/jour, la ville ne reçoit que ~2 000 m³/jour. L’eau et l’électricité sont en effet réservées en priorité aux activités d’Areva et aux cités des salariés, les populations locales doivent se contenter de la portion congrue.
Les volumes prélevés et les abaissements de la nappe observés sont autant d’alertes des menaces qui concernent directement la durabilité de l’approvisionnement en eau de l’ensemble de la région : une raréfaction de la ressource qui accélère la désertification, la perte de biodiversité et la dégradation des systèmes pastoraux. De plus, après usage industriel, une partie de l’eau extraite est souvent contaminée par des résidus radioactifs et chimiques, la rendant impropre à la consommation ou l’irrigation.
3 / Consommations d’eau des centrales nucléaires en France
Les 56 réacteurs se répartissent en deux types de refroidissement
Cycle ouvert : ils prélèvent d’énormes quantités d’eau (environ 15,3 milliards de m³/an), mais les restituent pratiquement toutes. L’eau est cependant plus chaude ce qui, pour les centrales situées en bordure de fleuves, pose un problème en période estivale et nécessite soit des dérogations temporaires soit l’arrêt de réacteurs en cas de canicule.
Cycle fermé avec tours aéroréfrigérantes : moins d’eau est prélevée, de l’ordre de 10 000 m3/jour mais au final ils consomment davantage car l’évaporation dans la tour de refroidissement est de l’ordre de 40% de l’eau prélevée.
Pour l’ensemble du parc nucléaire, la consommation nette d’eau des centrales nucléaires françaises (eau évaporée, non restituée) est estimée à environ 0,5 milliard de m3/an soit 12% de la consommation totale française d’eau.
Classement par secteur d’usage en France :
Secteur /Consommation d’eau (%)
- Agriculture = 58%
- Eau potable = 26%
- Refroidissement nucléaire = 12%
- Autres industries = 4%
Barrages, éolien, panneaux solaires ne consomment pas d’eau pour produire de l’électivité.
En cas d’accident telle la fusion d’un réacteur en bordure de fleuve et devant être arrosé en continu par d’énormes quantités d’eau, il est évident que les quantités d’eau seraient largement insuffisantes et conduirait une catastrophe quasi inévitable. A Fukushima les réacteurs sont arrosés en continu depuis 2011 pour éviter qu’ils n’explosent, ce qui n’est possible que grâce à la proximité avec la mer.
Les eaux utilisées sont stockées dans d’énormes réservoirs très nombreux en attente de baisse de la radioactivité. Elles ne commencent à être rejetées dans la mer que très récemment malgré les oppositions exprimées par les pêcheurs locaux.
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