EDA et le nucléaire

La France fait figure d’exception : la fourniture d’électricité est assurée par l’énergie nucléaire et, de ce fait, elle prend du retard pour s’orienter vers les alternatives éoliennes ou solaires. Le choix de prolonger encore le recours aux réacteurs nucléaires pourtant vieillissants ralentit les investissements en matière d’énergies renouvelables. Leur maintenance s’avère couteuse car les mesures de prévention des risques d’accidents potentiels ont été renforcées et s’avèrent d’autant plus indispensables qu’un « impossible accident »  est néanmoins survenu au Japon en 2011.

Souvent citée comme énergie pionnière, respectueuse de l’environnement,  actuellement l’énergie nucléaire permet de couvrir  75% des besoins en électricité en France à un prix de production inférieur à celui des autres pays européens via 58 réacteurs répartis sur l’ensemble du territoire. Mais des coûts faramineux, peu évoqués, sont à envisager non seulement  pour les démantèlements des installations nucléaires de base (centrales nucléaires)  mais aussi la gestion de déchets qui s’accumulent faute de technologies innovantes pour réduire une radioactivité de très long terme et dont l’enfouissement profond, seule solution envisagée aujourd’hui, constituera un fardeau pour nos descendants.

Un nouveau réacteur prototype est  en cours de construction pour moderniser un parc vieux de plus de 40 ans : l”EPR à Flamanville. Il connait une série de déboires importants, retardant encore de plusieurs années sa mise en service et surtout le déploiement d’énergies renouvelables sur l’ensemble du territoire, les budgets dédiés à la production d’électricité étant limités.

La filière nucléaire présente de nombreux inconvénients : des risques d’accidents aux conséquences graves à long terme (les accidents de Tchernobyl et de Fukushima ont ébranlé les certitudes d’une sûreté considérée comme infaillible car maîtrisée), l’absence de solutions pour gérer des quantités en croissance constante de déchets dangereux dont certains à vie très longue.

Depuis 30 ans, nous n’avons eu de cesse de militer pour SORTIR du nucléaire, valoriser le recours aux énergies renouvelables et surtout aux économies d’énergie.

Mais, à l’évidence, les installations nucléaires seront présentes sur notre territoire pour très longtemps encore puisqu’il a été décidé de prolonger la durée de vie de la plupart des réacteurs. Les futures opérations de démantèlement nécessiteront ensuite des dizaines d’années et la gestion de déchets notamment Haute activité Vie longue sans solution acceptable pour le moment nécessiteront surveillances, conditionnements, transports, entreposages provisoires, en attendant un enfouissement profond laissant la « nature » assurer seule leur gestion passive pour des milliers d’années.

A contre courant de nombreuses associations du réseau Sortir du Nucléaire dont nous sommes pourtant membres, nous avons accepté en 2006 de répondre aux invitations de l’ASN -Autorité de Sûreté Nucléaire-  et de l’IRSN – Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire- pour participer aux travaux de plusieurs commissions créées dans le cadre de l’ouverture à la société de ces institutions, dans un souci de transparence, d’écoute réciproque et de complémentarités de points de vue. ll nous semblait que participer, avoir des informations, proposer, argumenter était préférable à la politique de la chaise vide.

Nous ne l’avons jamais regretté, au contraire, nous avons beaucoup appris, influencé parfois quelques décisions mais surtout partagé les informations avec le grand public notamment en organisant plusieurs rencontres, en publiant de nombreux articles dans notre journal Bouffée d’air et en participant aux débats publics concernant notamment la gestion des déchets.

Une immersion citoyenne tout à fait inattendue au sein de commissions composées de membres volontaires venant du monde économique (les opérateurs) institutionnel (représentants de différents ministères, de l’ASN et de l’IRSN) et quelques associations notamment l’ANCCLI – association nationale des comités et commissions locales d’information – l’ACRO – Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans le Cotentin et Environnement Développement Alternatif représentée depuis cette date par Anita Villers.

Un parcours atypique qui nous a conduit à une montée en puissance progressive jusqu’à l’organisation de différents événements ou publications de cahiers d’acteurs.

Voir l'article "Immersion citoyenne au cœur du nucléaire"
Démantèlement centrales nucléaires

EDA et le démantèlement des centrales nucléaires

EDA et le démantèlement nucléaire Le sujet du démantèlement étant de moins en moins à l’ordre du jour lors des différentes réunions/rencontres/colloques auxquels nous assistons régulièrement, nous avons décidé de mettre en lumière un problème complexe, coûteux et de long terme  qui sera à l’évidence un jour ou l’autre à aborder ! Il y a soixante ans, il n’était question que de construction de centrales nucléaires pour couvrir 75% des besoins en électricité du pays. La…

Lire la suite


la préparation au post-accidentel nucléaire

EDA et la préparation au post-accidentel nucléaire

Colloque : La préparation au post-accidentel nucléaire Un parcours atypique nous a conduit à une montée en puissance progressive jusqu’à l’organisation d’un colloque le 4 décembre 2009 à Lille. La préparation au post-accidentel nucléaire L’implication des citoyens et des acteurs locaux dans la gouvernance des risques majeurs. Sortir du silence, entrer dans la transparence et le dialogue. Plus de 100 personnes ont participé à cette journée et les échanges avec les…

Lire la suite


Radioprotection dans le milieu médical

EDA et la radioprotection dans le domaine médical

La radioprotection dans le domaine médical Dans la droite ligne de notre souci santé/environnement, il nous est apparu opportun de soulever la question de la radioprotection des patients bien-sûr mais aussi de toute la chaine des intervenants médicaux. Les progrès technologiques permettent d’énormes progrès en imagerie médicale mais nécessitent une formation accrue de l’ensemble du personnel, du brancardier au chirurgien. Les nombreux contacts noués lors des diverses présences au…

Lire la suite


Gestion des déchets nucléaires

EDA et la gestion des matières et déchets radioactifs

La gestion des matières et déchets radioactifs EDA a participé à deux débats publics nationaux concernant les décisions envisagées par l’État en vue de la gestion des matières et déchets radioactifs, problème récurrent toujours pas résolu depuis plus de 40 ans faute de technologies appropriées. La seule solution : l’enfouissement profond. Le vocabulaire n’est pas anodin car derrière « matières » se glisse la notion de valorisation éventuelle concernant les matériaux tels…

Lire la suite


Rencontre démantèlement : une étape incontournable pour les centrales nucléaires

EDA et la participation à de nombreuses commissions

En 2006, deux textes de loi sont venus donner un fondement législatif au système français de sûreté nucléaire : la loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire (dite loi TSN), complétée par la loi du 28 juin 2006 relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs. C’est à partir de cette date qu’EDA a participé à de nombreuses commissions au sein de l’ASN, de l’IRSN et l’ANCCLI. Notre parcours atypique en…

Lire la suite


2019, où en est-on ?

La transparence est de mise : tout un chacun peut avoir toutes les informations souhaitées via les sites de l’ASN, de l’IRSN, de l’ANCCLI ainsi que de l’ACRO, l’association du Nord Cotentin qui s’est notamment spécialisée sur le suivi de relevés de mesures dans l’environnement via des citoyens bénévoles, formés pour ce faire.

L’informatique a révolutionné le rapport à l’information et la plupart des personnes souhaitant se documenter, approfondir ses connaissances se connecte à un site dédié. De très nombreux organismes officiels mais aussi les associations ont créé leur site internet. A chacun de se faire sa propre opinion.

L’accident de Fukushima a conduit les membres participant aux commissions post-accident à simplifier les éléments de doctrine ASN en matière de zonage. Il est évident que les fluctuations météorologiques, la durée et l’importance des rejets ont une incidence capitale sur les mesures à prendre pour protéger la population. Les scénarii étudiés jusqu’à présent concernaient des rejets de moindre ampleur et surtout de durées plus courtes.

Les technologies actuelles, notamment les drones permettent d’obtenir des mesures précises sans risquer d’exposer les chercheurs et spécialistes et surtout d’adapter ou moduler les décisions en fonction de relevés quasi en continu.

EDA continue de participer activement aux diverses commissions du Codir-Pa – Comité directeur post accident de l’ASN ainsi qu’aux rencontres « open radio » proposées par l’IRSN afin de se familiariser avec les nouveaux appareils de mesure : là aussi les progrès technologiques sont précieux.

Un guide pour tenter de répondre aux questions basiques que pourraient se poser les français habitant à proximité d’une centrale concernée par un accident est en cours de finalisation. Il sera consultable sur le site de l’ASN. EDA a participé à la commission multi acteurs créée pour ce faire et mentionnera le lien lorsqu’il sera actif.

EDA reste également membre de l’ANCCLI notamment au sein du GPPA – Groupe Permanent Post Accident –  qui travaille en appui aux travaux du Codir-Pa – du GPMDR – Groupe Permanent Matières et Déchets Radioactifs et du GPDEM – Groupe Permanent Démantèlement.

Il s’agit de suivre les actions de Commissions Locales d’Informations dédiées à chaque installation nucléaire de base et de rédiger les recommandations adressées aux ministères concernés par les activités nucléaires sous forme le plus souvent de livres blanc. Le dossier à l’ordre du jour de nos travaux 2020 concerne la DAC, Demande d’Autorisation de Création de Cigeo, centre d’enfouissement profond des déchets nucléaires Haute Activité Vie Longue.

Constats et questions en suspens

La France est le seul pays au monde qui utilise autant l’énergie nucléaire pour produire jusqu’à 75% de l’électricité dont elle a besoin.

Depuis la loi sur la transparence elle reste pionnière au niveau mondial de la mise en œuvre d’une ouverture à la Société concrète et régulière. Les activités de l’ANCCLI, les expertises régulières demandées à l’IRSN, les activités de l’ANDRA, Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs, les séminaires, colloques organisés par les « parties prenantes » dont EDA, tout cela est financé par les deniers publics.

Nous n’avons eu de cesse de demander à ce que des informations grand public régulières aient lieu via les média notamment la télévision pour évoquer les dispositifs qui existent pour maintenir la sûreté du parc nucléaire, pour sensibiliser, grâce à des exercices simulant un accident,  les habitants proches des installations nucléaires de base aux consignes qui seraient alors données : des initiatives qui peuvent être considérées comme une banalisation du risque nucléaire mais qui, à nos yeux, sont indispensables pour se préparer au mieux à une telle situation.

La question des rejets dans les milieux demandée dès le plan national de gestion matières et déchets radioactifs de 2010 ne figure toujours pas dans le 5ème plan soumis au débat public en 2019.  Les normes qui les autorisent sont anciennes et des investissements dans des technologies innovantes devraient permettre de réduire leur toxicité le tout serait apparemment  de le demander : une mission dédiée aux CLI peut-être ?

Le problème du tritium reste tabou car mal maîtrisé. Pourtant le prototype ITER (projet unique au monde pour tenter de produire de l’électricité, sans quasiment de déchets, en imitant la fusion solaire) est en voie d’achèvement à Cadarache. Il en utilisera des quantités très importantes : comment les rejets dans les milieux seront-ils gérés ??

EDA n’a assisté à aucune rencontre au sujet de ce prototype : un dossier peu transparent en tout cas.

Beaucoup de discussions ont eu lieu concernant la faisabilité d’une option  réversibilité  au centre d’enfouissement CIGEO, c’est à dire la possibilité de retirer des colis qui poseraient problème dans les alvéoles où ils seraient stockés. Un débat était envisagé mais face à la complexité de sa mise en oeuvre à long terme, notamment après la fermeture du site, la réversibilité s’est muée en récupérabilité éventuelle pendant la phase de remplissage.

La question de la sous-traitance reste un sujet récurrent : des améliorations ont été apportées  concernant la radio protection des personnels pendant leurs interventions mais le suivi à long terme pour ces travailleurs itinérants et passant d’un chantier à l’autre reste insuffisant.

Face au vieillissement de la plupart des réacteurs et aux aléas des changements climatiques (sécheresse et donc surchauffe ou inondations intempestives brutales) la sûreté est-elle encore garantie ?

Orientation 2020

ASN :  les membres du Comité Directeur Post Accident (Codir-Pa) sont sur le point de valider le guide destiné aux acteurs des territoires et aux habitants proches des centrales nucléaires. Il sera en ligne très prochainement après quelques ajustements issus de quelques remarques émises lors de rencontres « test ».

Pour faire progresser la Sûreté nucléaire et la radioprotection, les nouvelles recommandations du Codir-pa élaborées lors des diverses réunions seront également en accès libre sur le site de l’ASN.

IRSN: des rencontres « open radio » plus nombreuses sont programmées afin de faciliter l’usage des appareils de mesures de la radioactivité par tout un chacun : ces démarches ont aussi pour but de mailler le territoire français de citoyens relais pour mesurer la radioactivité naturelle mais aussi les poches résiduelles de radioactivité liées à l’accident de Tchernobyl encore présentes dans l’Est et le Sud Est de la France : un suivi de la situation post accidentelle à long terme précieux.

ANCCLI : le site internet dédié à l’accompagnement et à  la sensibilisation des acteurs des territoires aux situations post accidentelles d’un accident nucléaire est lui aussi quasiment prêt. Il met en situation un élu, un professionnel de santé, un professionnel de l’éducation, un acteur économique, un représentant d’association. L’objectif est d’acquérir des connaissances et de les adapter à une situation accidentelle où chacun aura des missions précises à assumer.

EDA poursuit sa participation aux diverses rencontres et après le cycle de 4 rencontres dédiées à la radioprotection dans le milieu médical envisage de s’intéresser à la sensibilisation de travailleurs utilisant de manière régulière des sources radioactives dans l’exercice de leur métier sans être au fait de l’importance de mesures de radioprotection à respecter.

Un autre sujet est resté en suspens, celui de la gestion d’un accident de transport de sources radioactives sur les axes qui traversent la métropole de Lille. Nous avions noué des contacts concrets après le colloque de 2009 avec le responsable risques mais suite aux élections de 2014 et aux réorganisations à l’interne, ce thème n’a plus du tout été  à l’ordre du jour des nouveaux élus.

Nous participons aux commissions consultatives des services publics locaux concernant la gestion de l’eau, de l’assainissement  et des déchets ménagers mais n’avons jamais été sollicités pour participer à une commission prévention des risques. Pourtant le risque reste présent vu le nombre de véhicules qui traversent une zone urbaine particulièrement dense et vulnérable. Nous envisageons de poser à nouveau la question  après les prochaines élections.